L'histoire de mon ancêtre, Jean Quintin dit Dubois, m'a toujours fasciné. Grâce à la magie de l’Internet et surtout grâce à l'aide de généalogistes français qui ont fait des recherches sur place, j'ai pu satisfaire ma curiosité. En effet, j'ai pu répondre aux principales questions que je me posais. Je vous transmets donc le fruit de mes recherches.
Contrairement à ce qu'on pensait, Jean Quintin n'est pas né à Plumelec. Il a plutôt vu le jour le 6 mai 1668 à Pont Scorff, en Bretagne, près de la ville de l'Orient, dans le Morbihan. Ses parents étaient Claude Quintin et Claude (Claudine) Le Falhun. Ils se sont mariés à Cleguor (près de Pont Scorff) le 6 février 1662.[1]
Les renseignements sont rares sur Claude Quintin et Claude Le Falhun. Par contre, on sait qu’ils se sont mariés à Cleger et qu’ils ont vécu à Pont Scorff. Le couple Quintin-Le Falhun a eu huit enfants et ils sont tous nés à Pont Scorff : Yvon Quintin (né en 1662), Françoise Quintin (née en 1664), Allain Quintin (né en 1665), Jean Quintin (né en1668), Marie Quintin (née en 1674), Joseph Quintin (né en 1678), Louis Quintin (né en 1679), et Claude Quintin (né en 1686).[2]
On sait que la vie en Bretagne durant cette période était très difficile. Les taxes étaient élevées, les récoltes n’étaient pas très bonnes et un certain climat de révolte régnait dans cette région. La révolte la plus mémorable fut celle des
« Bonnets rouges ».[3]
Cette révolte est aussi connue sous le nom de révolte du papier timbré.
Jean Quintin, afin de se sortir de la misère, voulut avoir une terre. Il ne voulait plus souffrir de la faim, mais désirait être indépendant et pouvoir vivre. Il ne voulait plus rien entendre de ces batailles politiques qui n’aboutissaient pas. Il vivait près de l'Orient, nouvelle ville portuaire fondée pour le commerce maritime avec les pays orientaux. Il avait donc le loisir d’observer sur les côtes de Bretagne ces marins qui connaissent si bien la mer. Il songea donc à s'enrôler dans la marine. De cette façon, il pourrait enfin quitter
L'Ordre des Chevaliers de Saint -Louis fut institué par Louis XIV en 1693. Il s'agit d'un Ordre dont le but est de récompenser les militaires. Par contre, les titulaires devaient professer la foi chrétienne, ce qui excluait les huguenots. Depuis son institution en
Voici une petite biographie de Gaspard Piot de Langloiserie, qui se veut avant tout une biographie militaire et qui explique un peu pour quelles raisons il s’est vu mériter la médaille des Chevaliers de St-Louis. Il est à noter que cette médaille est décernée par Louis XIV lui-même. Nommé le 17 mars 1687 capitaine au sein des troupes détachées de la marine du Canada, il fut promu garde-marine le 1er janvier 1693, et reçut sa confirmation de capitaine le 25 mars 1694. Promu à nouveau le 26 avril de la même année au rang de Major de Montréal, il fut chargé du commandement en l'absence du gouverneur le 30 mai 1695. De Major de Québec, avec rang sur les capitaines, le 28 mai 1699, il devint lieutenant du roi à Québec le 1er juin 1703.[5]
Revenons à Jean Quintin. On sait qu'il vient d'une famille pauvre de
D'Amblimont est un capitaine émérite et très estimé du roi. Ses missions navales sont nombreuses et chacune d’elle est une réussite. Par contre, cette fois, le roi lui confie une autre mission de confiance : celle de transporter 800 soldats en Acadie et 25 à Plaisance (Terre-Neuve). Après ses missions en Nouvelle-France, il fera la chasse aux forbans et ira en Afrique. Je vous présente ici quelques détails de ses missions en Nouvelle-France. D'Amblimont avait la commande des six navires suivants :
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5. Le Profond. Flute de 40 canons.[7] Commandé par le capitaine Guillotin. Dans une lettre de Croiset, qui était passager et « rapporteur officiel », celui-ci écrit le 26 août que le capitaine Guillotin aurait vendu du vin à son équipage. [8]
6. Le Fourgon. Frégate légère de 10 canons.9 commandée par M. De St-Michel. Le propriétaire du navire était le roi. Dans une lettre datée du 16 juillet 1687, Champigny écrit que le Fourgon est forcé de rester à Québec et ne peut partir avec les autres vaisseaux, car 17 de ses hommes sont encore malades à l'hôpital, et qu’il compte prendre des matelots du navire marchand
Dans une autre lettre au ministre, datée du 26 août 1687, Champigny écrit qu'avant de partir pour Montréal il avait fait embarquer à bord du Fourgon des chaînes pour la construction des navires pour Arnoul. 50 prisonniers iroquois, pris par Denonville à Cataracui (lac Ontario), se trouvaient également à bord. La traversée se déroula sans problème en 33 jours, un record pour l'époque. Les conditions hygiéniques se sont améliorées depuis 1685. En effet, en 1685, un convoi identique à celui d’Amblimont avait été décimé par une épidémie de typhus et n'avait pu accomplir sa mission. Le roi avait pris des dispositions pour que le convoi d'Amblimont arrive à bon port, tel que mentionné dans la biographie d'Amblimont. (« Amblimont, chef d'escadre de Louis XIV », écrit par Louis Charpentier, p. 89). Pour éviter qu’un pareil désagrément se reproduise, le roi ordonnait de répartir également les passagers afin d'éviter toute surcharge sur l'un des navires, d’éviter la malpropreté, de tenir les bateaux très propres en les faisant laver, balayer et racler tous les jours, d’empêcher les passagers de manger entre deux ponts ou d'y laisser des ordures, de ne fermer les caillebotis (grilles d'aération) qu'en temps de pluie, de faire ouvrir les sabords (ouvertures pratiquées dans les parois des flancs du navire pour sortir les canons), de placer les malades à l’écart, de saisir les branles (hamacs) au pont pendant le jour, de faire monter tout le monde au pont deux fois par jour, et de faire des parfums entre les deux ponts avec des boulets rouges, du vinaigre et du goudron. Le roi défendait, en outre, d’installer des cloisons pour les officiers en guise de logement, car ces cloisons diminuaient la surface destinée aux matelots et aux soldats.
Comme il a été dit plus tôt, la traversée se déroula bien et en un temps record. Seulement 17 passagers moururent au cours du voyage, fauchés par la rougeole. Sur les 170 soldats et matelots atteints de la rougeole, seulement 14 ont été hospitalisés. Par contre, ceux qui ne sont pas restés ont vécu dans la colonie avec leur infection, créant ainsi une des plus grandes épidémies de la Nouvelle-France. L’épidémie se propagea à travers toute la colonie. Je n'ai aucune indication sur l’état de santé de Jean Quintin dit Dubois. Les registres de l’Hôtel-Dieu de Québec ne débutent qu’en 1689. Dès son arrivée en 1687, Jean Quintin dit Dubois se heurte déjà à la dureté du Nouveau Monde.
Les troupes sont arrivées dix jours avant le départ de Denonville pour le fort Niagagara, qui partait combattre les Tsonnontacouans, mais seul Vaudreuil quitta Montréal, car les troupes n’étaient pas assez préparées. Le 31 mai, donc, les troupes arrivent à Montréal avec Champigny et les miliciens. Jean Quintin dit Dubois arrive alors (s’il n’est pas atteint par la rougeole comme tant d’autres) vers le 1er juin à Montréal pour sa première mission, soit de protéger les colons. De cette période jusqu'à 1694, je n’ai rien sur Jean Quintin dit Dubois, sauf qu’il a protégé et combattu les Indiens et qu’il demeurait chez des habitants durant la saison froide.
Un document va nous être très utile, soit l’extrait de baptême de Geneviève Letellier, née le 28 janvier 1694. Ses parents étaient Jean-Baptiste Letellier et Renée Lorion. Son parrain et sa marraine étaient Jean Quintin dit Dubois et Jeanne Delpué, fille de Renée Lorion. Un an plus tard, Jean Quintin dit Dubois et Jeanne Delpué s’épousèrent à Varennes, plus précisément le 17 janvier 1695. Jeanne avait 20 ans. Née le 29 septembre 1675 à Pointe-aux-Trembles (partie est de l’île de Montréal), Jeanne Delpué était la fille de Jean Delpué et de Renée Lorion. Quelques informations à propos de ses parents nous seront très utiles pour en connaître plus sur Jean Quintin durant la période allant de 1687 à1694.
Jean Delpué-Pariseau, soldat de la compagnie de
Le 2 juillet 1690 fut une journée catastrophique pour la famille de Jean Delpué-Pariseau et de son épouse Renée Lorion. Jean fut tué des Iroquois à la bataille de la coulée Grou, une des grandes batailles de
Voici la triste situation de Jeanne Delpué en 1690. Elle a 15 ans. Son père est mort le 2 juillet. Elle et sa mère s’occupent de sept enfants âgés de 2 à 13 ans. Le 25 septembre, Marie-Anne, sœur de Jeanne, meurt à l’âge de sept ans. L’année suivante, son frère Nicolas se noie et meurt lui aussi. Il avait 10 ans. Finalement, Jeanne rencontre son nouveau beau-père le 7 juillet 1691.
Revenons à mon ancêtre Jean Quintin dit Dubois. De 1687 à 1694, rien n’est écrit, qui est susceptible de nous donner des informations, à son sujet. Un seul document est digne de mention : l’acte de baptême de Geneviève Lorion fille de Jean Letellier et de Renée Lorion (mère de Jeanne Delpué dit Pariseau), de qui Jean Quintin et sa femme furent parrains et marraines. Il semble que Jean Quintin dit Dubois séjournait en tant que soldat chez le couple Letellier, et peut-être même chez le couple Delpué-Pariseau, chez qui il connut celle qui deviendra sa femme.
En résumé, Jean Quintin est né à Pont-Scorff dans le Morbihan, en Bretagne. Il a voulu quitter son pays pour avoir plus de liberté et pour mieux vivre. Il s’engage dans le régiment de De Langloiserie en 1687. Il effectue la traversée de l’Atlantique en 33 jours. Une épidémie de rougeole décime l’équipage de son navire, mais lui-même survit. Ensuite, il combat dans les guerres indiennes et, finalement, se trouve un bon parti et se marie. Nous avons couvert ici son projet de vie et ses nombreuses aventures. Reste maintenant à décrire son mariage et sa vie sur sa terre, ce qui sera le sujet d’un deuxième article. Les descendants de Jean Quintin et de Jeanne Delpué-Pariseau sillonneront l’Amérique entière et même l’Australie. Jean Quintin, grâce à son courage et à sa ténacité, a su s’établir paisiblement et perpétuer la lignée de sa famille. Une lignée qui se poursuit toujours aujourd’hui, et qui continue de suivre les méandres de l’histoire.
Bibliographie
Archives Canada :
Instruction du roi au Sieur Beauregard, capitaine de la frégate
État des canons, armes, munitions et outils délivrés de l’arsenal de Rochefort, 1er avril 1687, Versailles.
Lettre de Croiset, arrêt à Plaisance de l’Arc-en-ciel, 12 août 1687.
CAOM col11A 120/folio 352-355 (référence, archive sur le Web)
CHARBONNEAU, H. Les grandes mortalités épidémiques, MSCF, vol. 46, p. 127.
CHARPENTIER, L. D’Amblimont, chef d’escadre de Louis XIV, Paris, 1928.
FAUTEUX, A. Les Chevaliers de Saint-Louis en Canada, Montréal.
LECLERC, J. Les soldats mariés, MSGCF, vol. 12, p. 39.
ROY, P.- G. Famille Rigaud de Vaudreuil, Montréal.